PIERRE OZER

PIERRE OZER

Avions, voitures... Oser le pavé dans la mare ! [Imagine]

Avions, voitures... Oser le pavé dans la mare ! [Imagine]

Laure de Hesselle

Imagine N°75, septembre & octobre 2009, Dossier « Les lanceurs d’alerte », p.9

 

« Papa, tu savais, et tu n’as rien fait ? » Cette phrase, Pierre Ozer ne veut jamais l’entendre dans la bouche de sa fille. Alors ce géographe se bouge, parle, rédige des cartes blanches, témoigne.

 

Aujourd’hui, c’est au Parlement qu’il a rendez-vous, à la commission Santé publique. Son ordinateur sous le bras, la mèche au vent et sa fougue en bandoulière, il va exposer aux rares parlementaires présents son analyse des publicités pour voitures, lors d’un débat sur une proposition de loi visant notamment à les interdire pour celles qui polluent plus que la moyenne (1). Des représentants de l’industrie automobile et du monde de la publicité interviennent également : Pierre Ozer s’agite, lève les yeux au ciel, sourit ironiquement et répond vertement.

 

Ce cheval de bataille – l’annonce en caractères lisibles des émissions de CO2 sur les pubs pour voitures –, c’est aussi sa fille qui l’a inspiré au climatologue. « Elle m’a simplement demandé un jour pourquoi c’était écrit si petit sur une affiche. » C’est ainsi, au fil de conversations, de remarques de l’un ou de l’autre que Pierre Ozer s’interroge, creuse un sujet, réagit, tente de nous faire réfléchir et agir. « Jusqu’en 2004, je n’avais jamais écrit nulle part, convaincu que je ne savais pas aligner deux idées à la suite. Puis le tsunami en Asie du Sud-Est et ce qui a suivi m’ont donné terriblement envie de réagir. 300 000 enfants de moins de cinq ans meurent au Niger chaque année, dans le silence… » Le géographe publie sa première carte blanche, et prend plaisir à l’exercice : il s’élève quelque temps plus tard contre les sauts de puce des avions (2), avec son collègue et complice Dominique Perrin. « Ça a immédiatement fait du bruit, les politiques ont réagi, demandé l’interdiction de ces sauts de puce. En dix jours, nous sommes parvenus à orienter une politique. Les chercheurs restent trop souvent dans le cocon de l’université, alors que potentiellement nous avons un vrai pouvoir. »

 

Toute une série d’autres bagarres et propositions suivront (3). « Le but du jeu, c’est le goutte-à-goutte. Chaque article est une petite goutte qui peut faire réfléchir les gens. J’ai des connaissances, autant les transmettre aux citoyens pour qu’ils s’en emparent et agissent sur les décisions politiques. »

 

Musique pop

Pierre Ozer veille à n’écrire que sur ce qu’il connaît, à faire revoir par des pairs tous ses textes, à ne pas adopter un discours politique. « C’est une autodiscipline à avoir absolument, sinon à la première faute tu perds tout crédit et cela devient contre-productif. »

 

Il tente également de dissocier très clairement son activité académique de son activité publique. Malgré cela, certains lui tiennent rigueur de son caractère bouillonnant. « “Continue à écrire sur les Africains, ça d’accord, mais ne t’attaque pas à des problèmes régionaux.” Ce genre de remarques, je les ai entendues sans arrêt. Or, c’est lorsque l’on parle de ce qui se passe ici que l’on a le plus d’effet. »

 

Avions, voitures, transport de nos produits de consommation, il s’attaque à des choses proches de nous, de front, aimant jeter le pavé dans la mare. « Van Ypersele joue de la musique classique, moi de la musique pop, nous sommes

complémentaires », sourit-il.

 

Alors le climatologue remuant va dans les lycées, donne des conférences partout où il peut, voudrait passer sur RTL-TVi – « pour toucher le plus grand nombre ». Son rôle de lanceur d’alerte occupe peu à peu un second temps plein, à placer en soirée et les week-ends. « Des ajustements sérieux sont nécessaires ! Mais dans le domaine du réchauffement climatique, chaque jour que nous perdons est extrêmement dommageable…»

 

(1) Proposition déposée par le député PS Jean Cornil, demandant également que 20 % de l’espace publicitaire soit occupé par l’information sur les rejets de CO2.

(2) En l’occurrence un vol Charleroi-Liège-Casablanca, dont la double escale wallonne fut interdite après quelques jours de réflexion seulement.

(3) Voir pierreozer.blog4ever.com.

 



18/01/2010
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