PIERRE OZER

PIERRE OZER

Pommes locales contre pépins CO2 [Vers l'Avenir]

Hier, plus de 25 000 jeunes Wallons ont croqué une pomme locale pour lutter contre l'effet de serre. Un geste, des kilos de CO2...

C' est l'heure de la récré, à Faulx-Les Tombes. Les mômes de l'École de l'Envol ont été gentiment briefés : à trois, on lève le bras. Un, deux, trois, hop! Une bonne centaine de mains se dressent vers le plafond. Et chaque main agrippe une pomme locale. Un de ces fruits dont on a oublié le nom : reinette clochard, calvie rouge, gueule de mouton, belle fleur large mouche... Des pommes de saison et de chez nous.

Les gamins ont bien compris le message : cette collation «culture locale» permet à chaque élève d'économiser 36 grammes de CO2 par rapport à un fruit importé d'Espagne. Ils savent aussi que 25 000 autres jeunes ont choisi de faire exactement la même chose au même moment, dans 64 autres écoles primaires, secondaires et supérieures de Wallonie : un bonus de 900 kg de CO2 pour l'environnement en un coup de dents.

À l'origine de l'initiative, l'ASBL Green explique qu'on peut encore aller plus loin. Si tous les jeunes Wallons de 5 à 19 ans préféraient eux aussi une pomme locale à un fruit qui a parcouru 1 900 kilomètres, on passerait du symbolique au costaud : près de 23 tonnes de dioxyde de carbone en moins pour l'atmosphère.

«Vous mettez vos trognons ici. On pourra semer les pépins», annonce Michèle Visart, l'instit des 5e et 6e années. C'est elle aussi qui a coordonné les saynètes «pommes locales» présentées juste avant par les enfants et destinées à convaincre les autres élèves.

Les enfants de l'École de l'Envol sont en réalité de vieux routards de l'environnement. C'est une sorte de tradition dans la maison. Ainsi, à 11 ans, Raphaël est déjà un ancien... député wallon. En avril dernier, il siégeait en effet avec 59 autres jeunes au Parlement wallon. Il secoue sa magnifique tignasse rousse : «Impressionnant et très chouette!» se souvient-il.

Plat de «résistance»

C'est là, au sein de l'Assemblée des Jeunes Wallons pour l'Environnement, qu'est née l'idée de cette campagne «Effet de jeunes contre effet de serre» : permettre aux enfants de poser un geste simple destiné à sensibiliser un plus large public. Comme préférer une pomme locale à un kiwi de Nouvelle-Zélande, pour minimiser l'impact CO2 de leur collation.

Et tant qu'on est dans les collations, le spécialiste des changements climatiques Pierre Ozer (ULg) explique aux enfants qu'un réveillon de Noël à huit personnes peut ajouter 38 kg de CO2 à l'effet de serre avec trois fois rien : des crevettes, un steak/frites/salade, une salade de fruits.

Parce que, selon le catalogue des grands magasins, le plan «promo» propose des crevettes pêchées en mer d'Écosse et décortiquées en Asie du Sud-Est. Parce que le steak moins cher sera argentin, les pommes de terre viendront d'Israël et la salade d'Espagne. Parce que, pour le dessert, c'est le Brésil qui fournira le melon... charentais, l'Afrique du Sud se chargera des oranges et l'Argentine des cerises.

OK. Les petits ont capté. On peut décider de ne pas acheter les produits qui ne sont pas de saison et qui viennent de loin. Certains sont prêts à faire campagne chez eux. Ça va chauffer aux réveillons!

Pascale SERRET

Propos recueillis par Pascale Serret.

Paru dans Vers l'Avenir (Belgique), 4 décembre 2007, p.9.

 

AUSSI EN TV, au JT de la RTBF.



25/01/2008
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